Quand est-il d'une occupation celte ?
Les recherches de Noëlle Deflou-Leca* montrent qu’il n’y a pas de preuves historiques d’occupation du site entre la Protohistoire et la fin de l’Antiquité. Par exemple, l’idée d’un sanctuaire druidique à l’époque celte n’est fondée sur aucun fait archéologique, mais est plutôt une mémoire construite depuis le XVIIe siècle.
*DEFLOU-LECA, 2010 : N. Deflou-Leca, Saint-Germain d’Auxerre et ses dépendances (Ve-XIIIe siècle). Un monastère dans la société du haut Moyen Âge, Saint-Étienne : PUSE, 2010.
Un première chapelle au VIIe siècle ?
La mention de Moutiers dans un document liturgique de l’évêque Aunaire d’Auxerre, souvent considérée comme une preuve d’une présence religieuse à la fin du VIe siècle, doit être reconsidérée car elle repose sur des interprétations peu fiables. Donc, il est difficile de prouver une occupation avant le VIIe siècle. L’idée qu’il y avait une chapelle dédiée à la Vierge à cette époque est plus plausible, bien que les preuves manquent. Cela pourrait s’inscrire dans un contexte où les populations étaient progressivement regroupées dans le diocèse, avec de plus en plus de lieux de culte rural. Cependant, de nombreuses questions restent sans réponse concernant cette chapelle, et seule l’archéologie pourrait éventuellement éclaircir ces points.
Les origines de l'établissement monastique (VIIIe-IXe siècle)
Au Haut Moyen Âge, la création d’un monastère et d’une hôtellerie à Moutiers est bien documentée grâce à plusieurs actes de l’époque. La notice de Quintilien, évêque au VIIIe siècle, fournit des informations sur la fondation de cet établissement. D’autres sources aident à replacer cette création dans un cadre historique plus large. Au IXe siècle, le monastère de Moutiers est rattaché à l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre.
Une fondation seigneuriale (VIIIe siècle) :
La notice de Quintilien, rédigée vers 875, mentionne que son père a fondé le monastère de Moutiers et une hôtellerie pour les pèlerins bretons se rendant à Rome. Ce monastère aurait été dirigé par une communauté de 26 moines, suivant peut-être la règle de Benoît. Cette fondation est typique des créations aristocratiques de l’époque. De plus, le monastère aurait été placé sous l’autorité de Charles Martel, qui l’aurait ensuite donné à des seigneurs laïcs.
Une perte d’autonomie volontaire (IXe siècle) :
Le monastère de Moutiers est mentionné dans un document de 819, ce qui indique qu’il était redevable de prières pour la famille de l’empereur. À la fin du IXe siècle, face à des difficultés, les moines demandent à être rattachés à Saint-Germain d’Auxerre. Ce changement de statut est documenté par plusieurs actes.
Une dépendance majeure (Xe-XIIIe siècle)
Au cours de cette période, l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre atteint son apogée, tandis que Moutiers bénéficie d’une protection royale. L’histoire de Moutiers est donc étroitement liée à celle de son abbaye.
Une première réforme clunisienne (fin Xe-XIe siècle) :
Vers le milieu du Xe siècle, Saint-Germain fait face à des difficultés, ce qui pousse le duc de Bourgogne à demander une réforme à l’abbé de Cluny. Moutiers participe également à ce mouvement de réforme, qui ne remet pas en cause son autonomie.
Une deuxième réforme clunisienne (fin XIe-XIIe siècle) :
À la fin du XIe siècle, Saint-Germain traverse une nouvelle crise. L’évêque d’Auxerre demande au clunysien Hugues de Semur de mettre en œuvre une réforme. Après des négociations, un moine clunisien devient abbé indépendant. Au XIIe siècle, le prieur de Moutiers, Martin, acquiert des terres, montrant ainsi une certaine autonomie.
Du prieuré régulier au prieuré rural (XIIIe-XVIIIe siècle)
La documentation sur Moutiers à la fin du Moyen Âge est abondante mais moins étudiée. Bien que le prieuré ait subsisté jusqu’au XVIIIe siècle, il avait perdu son statut d’établissement conventuel. En 1413, il est rattaché à la Fabrique de Saint-Germain, ce qui laisse penser qu’il était devenu une simple exploitation. Un rapport de 1543 montre que la vie monastique y continuait, bien que la communauté ait diminué en nombre.
La transformation du prieuré régulier en un prieuré rural a probablement eu lieu entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle. La prospérité économique du prieuré a permis une continuité d’occupation jusqu’à récemment, avec des propriétés qui sont encore exploitées aujourd’hui.
Le site du prieuré présente des caractéristiques uniques qui soulèvent encore des questions parmi les chercheurs. Il pourrait fournir des informations sur le monastère lié à l’abbaye Saint-Germain, mais aussi sur une ancienne présence aristocratique et un lieu de culte dès le VIIe siècle. Trois axes de recherche se dégagent : la nature et la chronologie du site, l’association entre le monastère et l’hôtellerie, et l’évolution topographique du site au fil des réformes carolingiennes.
Source : Rapport 2024 réalisé par Olivia PUEL, Maître de Conférence Archéologie médiévale à l’université de Dijon et ses équipes.
Fouilles et études du bâti en 9 panneaux
Le monastère créé à Moutiers vers 720 a eu au cours du Moyen âge des périodes fates. Il a ensuite été détruit en grande partie en 1587 lors d'un épisode des guerres de religion. L'aile orientale (voir le panneau ci-contre) du cloître du prieuré construit vraisemblablement fin XIIIème, début XIVème a été épargnée, cependant, au cours des siècles a été largement modifiée et aménagée en bâtiment agricole (étables, écuries; granges, grenier à foin). Elle a été rachetée par la commune en 2020. Cette acquisition accroîtra l'attractivité de notre village et ajoutera un nouvel intérêt touristique et économique, essentiel pour la Puisaye-Forterre, pour l'Yonne et pour la Région Bourgogne-Franche-Comté.